Voila enfin ce fameux article que je veux faire depuis très longtemps (peut-être un des premiers que j'ai projeté depuis que j'ai ce blog). Le Fameux sur les poètes maudits.
Alors, tout d'abord, que sont les poètes maudits? C'est un concept inventé par Monsieur Paul Verlaine en personne, dans son ouvrage Les poètes maudits, qui est une biographie, ou notice, de six Poètes, à savoir : Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle-Adam et .... Pauvre Lelian (anagramme de Paul Verlaine lui-même). Même si, chez ces auteurs, il est plutôt question de Parnasse décadent, c'est une figure mythique (le poète maudit) de la pensée du XIX° siècle, et plus particulièrement la fin du XIX° siècle, qui prends son essor chez les romantiques ( Dans Stello de Vigny :« (...) du jour où il sut lire il fut Poète, et dès lors il appartint à la race toujours maudite par les puissances de la terre... ») avant d'être continué par le parnasse donc et, surtout, dans le symbolisme.
Les caractéristiques des poètes maudits sont simples. Une vie plus ou moins misérable, une révélation de leur génie après leur mort, la prise de drogue, d'alcool, enfin bref, la malédiction.
Commençons par une liste et deux ou trois éléments de Biographie sur selon moi les principaux, ceux que je connais le mieux et que je préfère.
François Villon (1431/1432-- on perd sa trace en 1463) : Auteur de plusieurs poèmes dont la fameuse Balade des dames du temps jadis. Je ne connais pas grand chose sur lui à part qu'il est alcoolique, qu'il tue un moine dans une rixe, et qu'il finit par se faire bannir de Paris après de nombreux cambriolage en 1463. Personne ne sait ce qu'il devint ensuite...
Charles Baudelaire (1821 -- 1867) : On ne le présente plus... Le plus célèbre de tous, celui qui popularise cette image du poète maudit. Ce n'est pas selon moi le plus représentatif, mais quand même... Dans le désordre : Les Fleurs du Mal sont censuré à la sortie, il n'a jamais assez d'argent pour vivre, il ne voit plus sa mère et déteste son beau père, le général Aupick (en 1848 il est sur les barricades. La légende raconte que sa seul demande était de faire fusiller Aupick, et qu'il criait partout n'être là que pour ça), des histoires d'amours catastrophiques avec Jeanne Duval ou Marie Daubrum, de la drogue (Les paradis artificielles), beaucoup d'alcool, mort de la syphilis (MST) et j'en passe... La mort, la drogue, le sexe, la mort. Voila l'oeuvre de Baudelaire... (il me semble avoir déjà expliquer la structure des Fleurs du mal à Beaucoup de monde, elle parle d'elle-même...)
Arthur Rimbaud (1854 -- 1891) : Le Voyant. En vrac, il fugue à l'age de 16 ans, la totalité de son oeuvre est écrite entre 14 ou 15 ans et 21 ans. Il meurt à 37 ans, mais n'a pas écrit une seule ligne de "littérature" depuis Une Saison en Enfer (le livre le plus triste de toute la littérature française selon moi). Homosexuel avec Verlaine, les deux sont continuellement déchirés à l'absinthe, jusqu'à ce que Verlaine tire sur Rimbaud et finisse en prison. Directe comme rupture, non? Après avoir arrêté d'écrire il vit en Afrique et en Europe de l'est. Il vit du négoce. Il touche au trafic d'arme, certains disent d'esclaves, on a pas de preuve. L'inscription "Rimbaud" en haut de l'obélisque de Louxor serait la seule trace qu'il aurait laissé de son passage. Il meurt d'une tumeur aux genoux.
Alfred Jarry (1873 -- 1907) : Mon Dieu à moi. Un vrai lui aussi. Auteur élitiste si il en est. Il vit dans la plus grande misère tout au long de sa vie, se contentant de squatter chez des amies (mais pas n'importe qui : Le Douanier Rousseau entre autres) ou dans des taudis plus ou moins salubres. Il boit de l'absinthe ("l'eau, ce liquide si nocif qu'une seule goutte suffit à troubler un verre d'absinthe"), ne se sépare jamais de son révolver, et écrit des oeuvres aussi monumental que Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien. A titre d'exemple, son éditeur, pourtant ami personnel, refuse de publié L'amour Absolu, et le fait paraitre à compte d'auteur. C'est considérer comme sa plus grande oeuvre, qui a marqué durablement la littérature du XX° siècle (Breton, Quenau ou Prevert l'ont lu, et elle s'inscrit comme précurseur du surréalisme). Il meurt à 34 ans dans la plus noir misère, à moitié fou, souffrant d'une sorte de dédoublement de personnalité avec son personnage, le Père Ubu. La dernière chose qu'il fait de sa vie, juste avant de mourir, c'est de mettre un cure-dent dans sa bouche.
Isidore Ducasse, comte de Lautréamont (1846 -- 1870) : Pour moi le plus représentatif. Né à Montevideo (capitale de l'Uruguay), fils de diplomate. Il a écrit Les Chants de Maldoror. Sa seule oeuvre. Elle aussi, cultissime. C'est une oevre excessivement noire, indescriptible, mais vraiment. Une prose poétique. Il n'est bien évidement pas comte du tout, mais c'est un pseudonyme, ne pouvant pas prendre la responsabilité d'écrire une telle chose sous son nom. Il meurt à l'age de 24 ans dans son appartement parisien. Sur son acte de décès est écrit "Sans autres renseignements". La photo, c'est lui. La seule photo connue de lui. Inutile de dire qu'il meurt dans le plus profond anonymat et dans l'indifférence générale.
Il y en aurait encore tellement, mais là j'ai cité pour moi les principaux, ceux que je préfère. En vrac : Torma, Nerval, Edgar Poe, Cros...
Tous ces auteurs ont laissé derrière eux une oeuvre souvent culte, généralement versant dans l'élitisme. Ils ont fait de la littérature un véritable Art, au même titre que la peinture ou la musique.
Maintenant, la question est la suivante : en quoi les poètes maudits fascinent-ils? J'aimerais pouvoir répondre que c'est seulement la qualité de leur oeuvre qui leur confère un tel prestige, mais je sais que ce serait probablement un peu simpliste, et force m'est d'avouer que la vie et le mythe autour de Lautrémont me fascine au moins autant que Les Chants de Maldoror. C'est une conception à la limite de la philosophie, c'est une conception de l'art et de la littérature. Quelqu'un m'a demandé si je pensais qu'il était indispensable que les auteurs aient des problèmes psychiatriques pour écrire aussi "bien". Pour écrire ce qu'ils ont écrit, oui, sans aucun doute. J'adore Giraudoux, ces pièces de théâtre sont de véritables chef-d'oeuvre, mais face à un Baudelaire, il ne fait pas le poids.
Mais surtout, si il est aussi tentant de répondre oui à cette question, c'est parce que l'on veut croire, aussi, comme si c'était une implication évidente, que la réciproque est vrai. Je pense que c'est là, la véritable raison de l'intérêt que peuvent susciter des poètes comme eux. (Même si je ne veux rien retirer à leur oeuvre. Mais je me demande aussi si parfois ceux qui aiment ces auteurs arrivent à bien les appréhender, car je maintiens que ce sont des héros de l'élitisme.)